Retraites : pour les musiciens de Lyon, des huées qui passent mal

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mars 2023 26 15:40

Retraites : pour les musiciens de Lyon, des huées qui passent mal

Message par OnStage

Avant la représentation du vendredi 17 mars, un représentant de l’Orchestre national de Lyon a pris la parole dans un discours très mal reçu par une partie du public. « On m’a même jeté une pièce sur scène », a témoigné l’instrumentiste auprès de notre partenaire « La Lettre du musicien ».

Le lendemain de l’utilisation de l’article 49-3 par le gouvernement, à l’Auditorium de Lyon, un représentant syndical de l’Orchestre national de Lyon s’est exprimé sur la réforme des retraites. Avant d’entamer la Symphonie n° 2 de Beethoven, le bassoniste François Apap a fait la lecture d’une tribune des professionnel·les du secteur, aussitôt coupée par des cris et des sifflets indignés du public.

« Être musicien professionnel, ça commence vers l’âge de 5 ou 6 ans. Ensuite, ça demande 15 années d’étude […]. C’est un métier dans lequel nous sommes confrontés au chômage et dans lequel nous rentrons tardivement », déclarait l’interprète.

Depuis le mois de janvier, les musiciennes et musiciens aussi sont mobilisés contre la réforme : la journée de manifestation du 19 janvier dernier avait même vu l’annulation d’un concert à la Philharmonie, alors que la totalité des technicien·nes s’était mise en grève, ainsi que 23 musicien·nes de l’Orchestre de Paris. Troubles musculosquelettiques, horaires du soir, tournées épuisantes… « Bien sûr, les musiciens jouent toute leur vie parce qu’ils sont passionnés, commentait à cet égard Karine Huet, secrétaire générale adjointe du Syndicat des artistes musiciens, à l’annonce de la journée de grève du 7 mars dernier. Mais l’enjeu est de tenir avec le même niveau d’intensité et de performance tout au long de sa carrière. »

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À peine les haut-parleurs avaient-ils annoncé qu’une déclaration précéderait le concert, vendredi 17 mars, que des cris ont fusé dans la salle : « On n’est pas là pour ça ! », « Vous nous faites chier ! ». François Apap a poursuivi sa lecture malgré les quolibets : « J’ai vu des regards haineux tandis qu’on me hurlait :Ferme ta gueule et joue.” On m’a même jeté une pièce sur scène, traité de “chochotte”, de “*****”... », raconte le musicien.

Des applaudissements ont tenté, en vain, de couvrir les huées : « La salle était en quelque sorte coupée en deux », témoigne Antoine Galvani, secrétaire général du Syndicat des artistes musiciens en Rhône-Alpes (Snam-CGT).

La scène a été filmée et la vidéo, depuis lors, a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux, suscitant de nombreuses paroles de solidarité à l’endroit des musicien·nes : « Entre chaque phrase, quasi inaudible, des gens poudrés et bien mis de leur personne invectivent, hurlent “Musiiique !” pour signifier “Ferme-la”. Comme si, devant eux, il y avait un juke-box. Ils ont payé, ils exigent […]. Je suis sidérée. J’ai envie de pleurer », rapporte Alice Laugier, enseignante lyonnaise venue assister au concert.

Fabien Bagnon, vice-président de la Métropole-Grand Lyon, a également condamné ces invectives : « La réaction d’une partie du public de l’Auditorium national de Lyon est scandaleuse. Quel manque de respect, quel manque de savoir-vivre, quelle vulgarité ! »

Pénibilité
Pour François Apap, son intervention est venue écorner l’image que se font certaines personnes de leur milieu : « Je sais que la culture de la musique classique passe pour propre et lisse et que, pour certains, elle devrait le rester. Mais nous devons faire face à une forme de pénibilité encore taboue, qui fait beaucoup de dégâts sur les corps, notamment dans le pupitre des cordes. » Le bassoniste évoque, à l’Orchestre national de Lyon, quatre musiciens absents de leur poste depuis plus d’un an, une majorité contrainte de consulter régulièrement des ostéopathes, mais aussi de souscrire à des assurances supplémentaires, une partie des troubles musculosquelettiques n’étant pas suffisamment prise en charge par la Sécurité sociale.

« Nous sommes des sportifs de haut niveau. Mon texte, à cet égard, n’était ni belliqueux ni agressif. Il visait seulement à souligner que tenir deux ans de plus, ce n’est pas possible pour certains d’entre nous, d’autant plus dans un contexte de gel des postes, de concerts annulés, et de salaires qui ne chiffrent pas par rapport aux exigences qu’on nous demande. Cette déclaration englobait aussi les intermittents, les femmes, qui souffrent de carrières hachées… »

Cette prise de parole avant concert n’a cependant rien d’exceptionnel. Il s’agit même d’une pratique fréquente, comme en témoignaient déjà au mois d’octobre les actions des musiciens du Philharmonique de Nice, qui avaient alerté le public sur leurs conditions salariales : « Les spectateurs se sont montrés très compréhensifs », témoignait alors Violaine Darmon, violon solo et représentante syndicale de la phalange niçoise.

« Nous prenons souvent la parole depuis deux mois, notamment à l’Opéra de Lyon, ajoute Antoine Galvani. Nous recevons très occasionnellement quelques sifflets, qui restent marginaux. La veille du concert à l’Auditorium, les musiciens de l’Opéra de Lyon s’étaient également exprimés sur la réforme des retraites (certes, lors d’une générale, donc en présence d’un public averti) et avaient reçu un grand soutien. »

Faut-il donc tenir pour exceptionnelles les réactions du public de l’Auditorium de Lyon ? En novembre dernier, les ouvreurs et ouvreuses de la Philharmonie, qui tractaient également pour leurs conditions de travail, recevaient un accueil mitigé, voire hostile de la part des spectateurs et spectatrices : « Parfois, on nous répond : “Ne vous plaignez pas, au moins vous avez du travail” », rapportait amèrement une employée. Tandis qu’à Lille, le 19 janvier, une prise de parole similaire à celle de François Apap, juste avant un concert de l’Orchestre national de Lille, rencontrait le même accueil.

Sollicitée, la direction de l’Auditorium a simplement commenté : « L’Auditorium est d’abord un lieu de musique vivante qui prouve à cette occasion que les divers débats de la société peuvent y trouver place. »

https://www.mediapart.fr/journal/cultur ... assent-mal
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